Interview du 21 novembre,  de Fabrice MICHAUD, par Lola RUSCIO de l’Humanité

En proie à un dumping social exacerbé et exclus de l’accord européen sur le travail détaché, les conducteurs mènent des actions aujourd’hui !

LR > Les routiers sont appelés à se mobiliser aujourd’hui 21 novembre, aux frontières de l’Hexagone, ainsi que l’ensemble des chauffeurs européens. Quelles sont vos principales revendications?

FM > La priorité est d’interpeller le gouvernement français et l’Europe sur la situation des conducteurs détachés qui ont été écartés de la nouvelle directive détachement. C’est inadmissible : ils continueront à subir de plein fouet le dumping social à l’oeuvre dans ce secteur hyper concurrentiel. Dans le cadre de la semaine revendicative de l’ETF (Fédération Européenne des Travailleurs des Transports), l’intersyndicale CFDT, CGT, CFTC, CFE/CGC et FO, exige une meilleure harmonisation sociale et un traitement commun entre les routiers européens. Nous voulons la concrétisation sans attendre de notre revendication à ‘travail égal salaire égal’ et non dans quelques années.

LR > Le cas du travail détaché pour les routiers sera examiné dans le cadre du « paquet mobilité » de la Commission européenne.  Est-ce une bonne chose ?

FM > Non. L’activité des routiers aurait dû être intégrée lors de la révision de la directive sur le travail détaché. Ce n’est pas un hasard si ce n’est pas le cas : la stratégie européenne est de libéraliser et de déréglementer ce secteur. On le voit avec l’inquiétant ‘paquet mobilité’ qui va aggraver les conditions de travail des chauffeurs. La commission européenne propose d’étendre la période de référence pour le calcul des temps de conduite et de repos de deux à quatre semaines.

Concrètement sur un mois, les conducteurs devront prendre deux périodes de repos de 24 h et deux périodes de 45 h ! Il risque d’y avoir une concentration des temps de conduite les trois premières semaines du mois, et les jours de repos hebdomadaires seront pris en fin de mois. En clair : sur une période de 18 jours de conduite à la suite, les conducteurs ne bénéficieront que de 2 jours de congés. C’est une remise en cause du repos hebdomadaire, tel qu’on le connaît dans la législation française. Les effets sur la santé et la sécurité des salariés peuvent être catastrophiques. Le problème du cabotage en chaîne n’est pas non plus réglé pour le moment, les opérateurs pourront toujours traverser les frontières à plusieurs reprises.

LR > Le dumping social provoque des ravages sur les conditions de travail et les salaires des routiers français ?

FM : Depuis l’ouverture à la concurrence, le secteur a perdu des milliers d’emplois avec l’arrivée des derniers pays de l’Est. L’activité des routiers est réduite à l’esclavage moderne avec un rythme horaire et des temps de conduite intenses.
Sans compter la pénibilité du travail : plus vous conduisez, plus votre vigilance au volant peut être altérée ce qui pose des questions de sécurité des biens et des personnes.
Sur les salaires, qui sont déjà bien bas, des éléments de rémunérations ont été sanctuarisés dans un accord conclu le
4 octobre dernier, entre syndicats et patronat, avant d’être paraphé par les ministères du Travail et des Transports.

LR > Avez-vous prévu de prochaines initiatives ?

FM > Un courrier signé par les fédérations syndicales des transports (CFDT, FO, CFE/CGC, CFTC et CGT) a été envoyé ce matin au président de la République pour le rencontrer sur la situation économique et sociale du secteur routier. Il n’est plus question de se laisser faire et d’admettre que le dumping social soit une nouvelle valeur dans le paysage français et européen.

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